Que tombent les masques !

Gérald Darmanin, délégué syndical policier(1), accessoirement ministre de l’Intérieur, manifestera cet après-midi mercredi devant l’Assemblée Nationale avec les syndicats de policiers afin de réclamer une plus grande sévérité vis-à-vis des agresseurs de policiers.

Ce n’est pas surprenant bien que ce soit inhabituel, comme le note Danielle Tartakowsky, historienne, spécialiste de l’histoire des mouvements sociaux(2) « Il est exceptionnel que des ministres descendent dans la rue pendant l’exercice de leur mandat. Mais qu’un ministre de l’Intérieur se rende à une manifestation contestataire sur la voie publique à l’appel de policiers réunis en intersyndicale, c’est du jamais-vu »(3).

La séparation des pouvoirs, principe de base, démocratique et constitutionnel, n’est pas dans l’esprit de Monsieur Darmanin. S’exprimer du banc des ministres à l’Assemblée ne lui suffit plus, il doit faire pression de l’extérieur sur les parlementaires.

Dans cette manifestation, outre ce ministre, on trouvera également Jordan Bardella, numéro deux et bientôt président du « Rassemblement National », Nicolas Dupont-Aignan, président de « Débout la France », des députés de droite et de la majorité mais aussi Yannick Jadot, candidat potentiel d’« EELV » à la présidence en 2022, Olivier Faure, premier secrétaire du moribond « Parti Socialiste » et même Fabien Roussel candidat déclaré du PCF… Seuls pour le moment les élus de « La France Insoumise », de « Génération.s » et une partie des Verts ont annoncé leur non-participation à cette manifestation.

En d’autres termes, de l’extrême-droite à la « gôche », chacun joue sa partition pour une société plus sécuritaire, pour plus de répression dont on connaît l’inefficacité. Des peines plancher ??? Depuis quand une peine minimum, quelle qu’elle soit, dissuade un délinquant de tirer sur un policier ? Depuis quand une peine incompressible évite-t-elle la récidive ? Pourtant, « Un policier, en 2020, avait près de quatre fois moins de risques de mourir au travail qu’il y a 30 ans, et deux fois moins qu’il y a 20 ans. » d’après un croisement des statistiques de l’Observatoire National de la Délinquance et de la Réponse Pénale et du collectif « Mémorial des policiers victimes du devoir »(4). Qu’ils rétablissent la police de proximité, qu’ils dépénalisent la vente et la consommation de cannabis, qu’ils développent un vrai « plan banlieues », qu’ils pénalisent réellement les discriminations raciales et sociales… et nous nous retrouverons dans la situation de nos voisins européens, bien mieux situés dans les statistiques de délinquance et de violences, ni plus, ni moins violents qu’il y a quarante ans.

Alors au-delà de ce que l’on nous prépare à moyen terme comme société, tous ceux-là visent d’abord le court terme, le mois d’avril 2022, se positionner pour la présidentielle.

Politicaillerie, quand tu nous tiens !

Philippe L.

(1) Voir notre article du 6 décembre 2020 « Contrôles au faciès » ou déontologie ?

(2) Danielle Tartakowsky historienne, spécialiste de l’histoire des mouvements sociaux, ancienne présidente de l’université Paris VIII a publié entre autres en 1997 « Les manifestations de rue en France », Publications de la Sorbonne et en 2008 avec Olivier Fillieule « La manifestation », aux Presses de Sciences Po.

(3) « Manifestation de policiers : cinq questions autour de la présence de Gérald Darmanin » Franceinfo, le 18 mai 2021.

(4) Cf. l’éditorial « Rassemblement policier : les politiques soumis ? » de Thomas Legrand sur France Inter le 19 mai 2021.

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