D’autres temps… les mêmes mœurs !

Le 23 mai 2021, Alexandre Loukachenko, Président de la Biélorussie, est accusé d’avoir donné l’ordre à son armée de l’air d’intercepter un Boeing 737-800 de Ryanair (vol 49-78) parti d’Athènes pour rejoindre Vilnius sous prétexte d’une « potentielle menace pour la sécurité à bord ». En fait, ceci n’avait pour but que d’arrêter l’opposant Roman Protassevitch, ancien rédacteur en chef du média d’opposition Nexta, celui-ci étant présent à bord.

L’avion est détourné par un chasseur Mig-29 de l’armée biélorusse et est forcé d’atterrir à Minsk. Cette action est considérée comme un acte de piraterie par une bonne partie de la communauté internationale. En France on entend même un secrétaire d’État chargé des affaires européennes, Clément Beaune, s’indigner de la mise en danger des 171 passagers… qui, notons-le, n’ont pas du tout été mis en danger mais ont effectivement eu peur et subi un retard de plusieurs heures. Et un Président tout à fait indigné.

Parmi les mesures de représailles, l’Union Européenne interdit son espace aérien aux vols biélorusses et exige la libération immédiate de l’opposant.

Monsieur Loukachenko, satrape biélorusse, soutenu (ou encouragé ?) par son voisin Poutine, voulait donc se saisir d’un opposant. Rappelons que ce despote pas du tout éclairé, a été « réélu » en août 2020 pour un… sixième mandat, élection évidemment largement contestée en interne comme en externe. Pourtant, ce potentat avait été accueilli pour son premier mandat en 1994 comme un démocrate, luttant contre la corruption, prenant rapidement des mesures dans le but de « stabiliser l’économie », faisant doubler le salaire minimum et introduisant un contrôle des prix. Mais la Biélorussie est complètement dépendante du gaz et de l’électricité importés de Russie et payés à prix préférentiels. L’absence de moyens financiers pour payer les importations russes rend alors la coopération économique avec la Russie totalement obligatoire d’autant plus qu’en 1995, la Banque mondiale et le FMI suspendent les prêts financiers à la Biélorussie à cause du manque de réformes économiques.

Et dès la deuxième année de son mandat, Alexandre Loukachenko viole la constitution, fait étendre son mandat de cinq à sept ans, fait augmenter ses prérogatives, entre autres la possibilité de fermer le Parlement et se fait soutenir par la vieille garde ex-soviétique comme Viktor Tchernomyrdine. Il est depuis, totalement inféodé au pouvoir de Moscou, de plus admirateur fervent de Vladimir Poutine.

Mais revenons à notre titre « D’autres temps… les mêmes mœurs ! »

Le 22 octobre 1956, le pouvoir français avec comme Président du Conseil – titre du Premier ministre sous la IVème République – Monsieur Guy Mollet, de la SFIO – ancien nom du Parti Socialiste – et comme ministre de la Justice, Garde des Sceaux, un certain François Mitterrand, donne l’ordre à son armée de l’air… d’intercepter et de dérouter un avion civil marocain, faisant la liaison Rabat-Tunis (deux pays indépendants) à bord duquel se trouvent Messieurs Ahmed Ben Bella, Mohamed Boudiaf, Hocine Aït Ahmed, Mohamed Khider et Mostefa Lacheraf, les quatre premiers étant les dirigeants du Front de Libération Nationale algérien, en lutte pour l’indépendance de leur pays face au pouvoir colonial français. Ils seront emprisonnés en France métropolitaine jusqu’à l’indépendance de l’Algérie en 1962, soit pendant 5 ½ ans.

Ne comparons pas Messieurs Guy Mollet et François Mitterrand, ni leurs successeurs jusqu’en 1962 à Alexandre Loukachenko. Il est par contre intéressant de constater que d’une période à une autre, d’un pays à un autre, d’une situation à une autre, les impasses politiques mènent toujours à des fautes. Et sur le long terme, ces fautes se payent. Souhaitons-le pour les démocrates biélorusses.

Pour nous, Français, notons enfin simplement que l’indignation de certains aujourd’hui est à la hauteur de leur silence sur notre propre histoire. Nos amis algériens apprécieront.

Patrick J.

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