Une guerre, trois présidents…

Trois Présidents états-uniens, trois présidents français, mais Bachar el-Assad, lui, est toujours là.

C’est ce que raconte Antoine Mariotti(1) dans son livre « La Honte de l’Occident – Les coulisses du fiasco syrien ». On l’aura compris dès le titre, Antoine Mariotti considère que l’Occident porte une responsabilité (une, pas toutes) non pas dans cette guerre mais au moins dans sa continuation, plus de dix ans après son déclenchement. Et il n’est pas le seul.

Le journaliste a interrogé, au fil de ces dix années, des dizaines de chefs d’État, ministres, conseillers, diplomates, espions, militaires occidentaux et opposants ou membres du pouvoir syriens mais également russes, iraniens, turcs, etc. À travers une progression chronologique, il nous montre les rigidités idéologiques, les reculades, les aberrations diplomatiques ou les atermoiements militaires. Quelques exemples :

  • lors de la mise en œuvre de la « coalition internationale contre le terrorisme », les militaires états-uniens ont refusé de coordonner leurs actions avec les Russes… guerre froide, quand tu nous tiens ;
  • tout le monde se souvient de la reculade de Barak Obama le 31 août 2013 après le massacre de 1 500 civils par une attaque au gaz de l’armée syrienne alors que la « ligne rouge » fixée par lui-même venait d’être évidemment franchie… courage politique, quand tu nous fuis ;
  • conférence dite de « Genève 2 » : l’Australie, l’Argentine, le Benelux et le pape sont invités mais pas l’Iran…

Soutiens pourtant affichés d’une opposition à Bachar el-Assad totalement désunie, sans programme et non crédible, les Occidentaux ont d’une part laissé le peuple syrien souffrir comme jamais entre les mains de son dictateur et d’autre part ouvert la voie à une « reconfiguration » de la région au seul profit de la Russie et de l’Iran qui n’ont, pas plus que les Occidentaux eux-mêmes d’ailleurs, aucune envie d’une Syrie libre et démocratique. Et pendant ce temps, les Kurdes, qui, eux, ont assumé une grande part des combats contre Daech se voient toujours refuser un État, pourtant promis dès… 1920 et Bachar se fait « réélire » avec 95,1 % des voix.

Un livre à lire pour comprendre les coulisses sans subir les sempiternels commentaires des journalistes de plateau.

Philippe L.

« La Honte de l’Occident – Les coulisses du fiasco syrien » d’Antoine Mariotti – Éd. Tallandier – 03/2021 – 348 p. – 19,90 €

(1) Antoine Mariotti est journaliste pour France 24 depuis 2010. Il a notamment couvert la guerre en Syrie et a été le correspondant à Jérusalem pendant trois ans. Il anime les podcasts « Grains de sable » et « French Accent » sur le Moyen-Orient, le terrorisme et le renseignement.

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