Montrer ses muscles

3 000, 4 500, 5 100. C’est l’évolution du nombre de militaires de l’opération Barkhane, cette intervention militaire dans laquelle la France s’enlise(1) au Mali depuis plus de six ans.

Quelques rappels.

L’opération a succédé à deux précédentes interventions, « Serval » puis « Épervier ». Elle s’étend sur l’Ouest et le centre du Sahel soit sur 5 pays : Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad, un peu plus de 5 millions de km2, 9 fois la France, la moitié de l’Europe, une gageure. Elle vise à lutter contre les groupes armés « salafistes-djihadistes » dans toute la région du Sahel, évalués à… quelques centaines !

Moins de 300 personnels européens (90 Britanniques, 75 Estoniens, 70 Danois et 60 Tchèques) accompagnent les troupes françaises, c’est dire que l’Union Européenne n’a pas trop envie de s’intéresser aux dérives post-coloniales d’un de ses membres.

Nous serions là-bas pour, d’une part, répondre à une demande malienne qui, en 2014, voyait ces « rebelles » censément « salafistes-djihadistes » se rapprocher de la capitale Bamako et, d’autre part, mener le combat contre l’« hydre terroriste ».

Et 45 morts, c’est le tribut déjà supporté par l’armée française.

Mais celle-ci ne donne pas de chiffres précis sur les « salafistes-djihadistes » « neutralisés » et encore moins sur les « dommages collatéraux »…

Mais pourquoi évoquer cette opération maintenant ?

Parce que notre Président, Monsieur Macron, vient de « menacer » le nouveau pouvoir malien de se retirer (dans un entretien au Journal du dimanche (JDD) du 30 mai – réservé aux abonnés) « Au président malien, Bah N’Daw, qui était très rigoureux sur l’étanchéité entre le pouvoir et les djihadistes, j’avais dit : L’islamisme radical au Mali avec nos soldats sur place ? Jamais de la vie ! Il y a aujourd’hui cette tentation au Mali. Mais si cela va dans ce sens, je me retirerai”». On notera au passage le « je » pour la France et son armée !!!

En effet, à la suite d’un nouveau coup d’état, les responsables en place au Mali semblent vouloir négocier avec les rebelles. En fait, ils essaient de mettre en œuvre une partie de ce qui leur était demandé à savoir prendre en compte les revendications non pas des « terroristes salafistes-djihadistes » mais simplement des rebelles de plusieurs tribus, Touareg entre autres, qui sont de fait exclus de la nation malienne. L’autre partie demandée était de rétablir (ou simplement d’établir) un État, une administration, un minimum d’égalité entre les citoyens au Nord du pays. Ni l’un ni l’autre n’a été fait depuis six ans et la France, malgré les rodomontades de son Président (au sommet de Pau en janvier 2020), n’en a pas moins continué son intervention, la renforçant même.

Donc du jour au lendemain, on pourrait abandonner cette lutte contre le terrorisme international ? Du jour au lendemain laisser une partie de l’Afrique aux mains des « terroristes salafistes-djihadistes » ? 

Peut-être tout simplement parce que ni lutte contre une « hydre terroriste » qui au demeurant n’a jamais menacé la France (le Mali n’est pas la Syrie), ni appui pour le développement du Nord et de l’État, mais réaffirmation de son pouvoir sur son pré-carré africain, voilà ce dont il s’agit. Et c’est d’ailleurs ce que disent les gouvernements européens dans leur grande majorité. Les États-Uniens, les Russes, les Chinois et maintenant les Turcs voudraient prendre la place ? Il n’en n’est pas question pour la France d’aujourd’hui qui se voit encore impériale, c’est pourquoi, à l’évidence, nous ne partirons pas.

Et puis « last but not least », Emmanuel Macron veut se montrer ferme à l’aune d’un Président de la Vème République… à 11 mois d’une élection.

Philippe L.

(1) Voir notre article du 2 juin « Une guerre perdue – La France au Sahel » sur le livre éponyme de Marc-Antoine Pérouse de Montclos.

Votre réaction

Ce commentaire ne sera pas publié.

    •  
    •   
    •   
    •