À quand la gifle démocratique ?

Depuis quelques jours, en fait depuis LA gifle, j’entends ici et surtout là, tout un tas de commentaires indignés sur « la fin de la démocratie », « la chute du sentiment démocratique », « l’enlisement de la démocratie » et j’en passe.

De Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon, de Jean Castex à Xavier Bertrand, tous condamnent LA gifle, tous s’émeuvent de cette violence, tous s’indignent.

Je n’ai pas envie d’approuver LA gifle, la violence ou même cette atteinte effective à la démocratie, mais contrairement à Monsieur Vals qui en son temps nous avait sorti cette énormité « comprendre c’est excuser » (je n’ai plus les termes exacts mais c’était l’idée), moi j’essaie de comprendre. Non pas comprendre ce qu’un adulte de vingt-huit ans, passionné d’armes médiévales, lecteur de « Mein Kampf » et proche de milieux d’extrême droite a dans sa tête, parce que cela, vraiment, sincèrement, je m’en fous. Mais par contre pourquoi effectivement de plus en plus de gens, et pas que des jeunes, délaissent le vote, ne se reconnaissent plus dans leurs élu-es, ne savent même plus qui est responsable de quoi dans cette République.

Et je crois que j’ai quelques idées sur ces pourquoi.

Dans les démocraties nord-européennes (Royaume-Uni, Allemagne et a fortiori les royaumes scandinaves), lorsqu’un-e homme-femme politique au pouvoir, perd une élection, il disparaît quasiment de la scène politique. C’était également le cas pour les présidents ou les prétendants dans la démocratie états-unienne jusqu’à l’arrivée de D. Trump… et nous verrons s’il revient ou non. Au contraire, en France, un-e politicien-ne qu’il soit de premier ou de second plan ne disparaît jamais. Quelques exemples de présences quasi ininterrompues malgré les échecs : De Gaulle 1940-1969 (vingt-neuf ans), Mitterrand 1945-1995 (cinquante ans), Chirac 1969-2007 (trente-huit ans), Sarkozy 1983-2017 (trente-quatre ans), Hollande 1988-2017 (vingt-neuf ans) pour ne citer que les présidents sans dénombrer leurs échecs. Ne parlons pas des « simples » ministres, c’est presque pire et c’est à peu près du même acabit à plus « bas » niveau (maire, conseiller départemental, etc.). Notons que les opposants ne sont pas en reste : Marine Le Pen est déjà en politique depuis 1986 (trente-cinq ans et elle en a cinquante-trois) et en est à sa troisième candidature à la présidentielle, quant à Jean-Luc Mélenchon, son premier mandat date de 1985, il y a trente-six ans et lui aussi trois candidatures ! On pourrait dire « c’est bien de savoir se relever après un échec », certes, mais c’est bien aussi de se remettre en cause, ce qui manifestement n’est pas la qualité première de nos politiques. Mais il est vrai aussi qu’en France on parle de « profession politique »(1) ! Alors peut-être que voir toujours les mêmes nous fatigue, surtout vu leur incapacité à répondre à nos aspirations.

Voilà déjà une première et bonne raison de ne plus se reconnaître dans ces élu-es.

Les trois raisons qui suivent sont tellement dites et redites qu’elles en deviennent « tartes à la crème » :

  • la non-représentativité socio-professionnelle de ces élu-es : combien d’ouvrier-ère, combien d’agriculteur-trice, combien de caissier-ère de supermarché, combien d’aide-soignant-e, combien d’employé-es de bureau ? On pourrait dire la non-représentativité « de classe » !
  • la non-représentativité due au scrutin majoritaire : avec 28,21 % des voix au premier tour (43 % au second tour), LREM a obtenu 53 % des sièges de député. À quand la proportionnelle ?
  • la non-prise en compte du vote blanc : 6,99 % des votants du second tour des législatives (8,52 % aux présidentielles).

Donc quatre raisons sur lesquelles les commentateurs, qu’ils soient eux-mêmes politiques ou qu’ils soient journalistes, politologues, sondeurs, etc. n’ont manifestement pas envie de s’étendre, pas envie de revenir. Pourtant, il va bien falloir, un jour ou l’autre, s’ils veulent vraiment éviter l’explosion, qu’ils répondent à ces trois motivations ou plutôt démotivations. Les « gilets jaunes » n’ont été qu’une première flambée ; une deuxième viendra sans aucun doute et elle risque de prendre à la fois une forme inattendue (en espérant que ce ne soit pas l’arrivée de l’extrême-droite au pouvoir), une dimension importante et peut-être une certaine violence.

Quand vont-ils remettre en cause leur mode de fonctionnement ? Quand vont-ils écouter ? Quand prendront-ils une vraie gifle démocratique ?

Je n’ai pas la réponse à ces trois questions, mais pour le moment, je continue de penser que le vote reste le moins mauvais moyen d’exprimer mon opinion, quitte à ce qu’il soit blanc !

Patrick J.

(1) Voir notre article « ENA ou méritocratie, il faut choisir » du 24 novembre 2020.

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