Tour de passe-passe

Comment, pour les Français qui se préparent à voter, faire croire que l’on se retire et que l’on ne s’obstine pas à faire tuer des militaires français (55 morts) à 4 000 km de la métropole, tout en restant et en faisant comprendre, aux dirigeants maliens cette fois-ci, qu’il n’est pas question de les laisser libres de leurs choix ?(1)

« La poursuite de notre engagement au Sahel (…) impliquera (…) la fin de l’opération “Barkhane” », a ainsi annoncé le chef de l’État. Ça, c’est pour le bon peuple français. Et puis un peu plus tard, on affine : « Le dispositif change, pas l’objectif », a réagi de son côté, jeudi soir, la ministre des armées, Florence Parly, sur Twitter. Là, il faut suivre. « La forme de notre présence, celle d’opérations extérieures engageant plus de 5 000 hommes, maintenant depuis plusieurs années, n’est plus adaptée à la réalité des combats », bah oui, il faut bien aussi rassurer les militaires, ne pas leur dire « Vous avez été nuls ».

Finalement, on « accouche » : la lutte contre le terrorisme sera faite « avec des forces spéciales structurées autour de [l’opération] “Takuba” avec, évidemment, une forte composante française – avec encore plusieurs centaines de soldats – et des forces africaines, européennes, internationales », a précisé le Président de la République. Voilà qui est dit.

Alors de notre côté, précisons.

L’opération « Takuba » est constituée, depuis juillet 2020, d’une petite coalition de forces spéciales (COS – Commandement des opérations spéciales, pour ce qui concerne l’armée française). Elle n’était, à l’origine, constituée que de 180 militaires français, estoniens, tchèques et suédois, mais l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, l’Estonie, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, la République tchèque, le Royaume-Uni et la Suède ont promis leur participation. Elle réunit maintenant 600 personnels.

Voilà donc.

On se retire, mais on reste. C’est du Macron pur jus, du ni-ni – officiellement « ni de gauche, ni de droite », dans les faits « ni de gauche, ni de gauche » comme nous avons pu nous en rendre compte depuis quatre ans. Emmanuel Macron doit être un lecteur de l’écrivain suisse Ludwig Hohl : « Les changements servent-ils à quelque chose ? À rien, si ce n’est à conserver l’immuable. » Et l’immuable dans la politique extérieure de Macron, c’est, entre autres, le fait de maintenir ce que l’on appelle habituellement la « Françafrique ».

Philippe L.

(1) Voir notre article du 2 juin 2021 « Montrer ses muscles » et celui de tout juste un an auparavant « Une guerre perdue – La France au Sahel »

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